Ce jour-là avait le goût de la tristesse.
La neige était tombée toute la nuit, silencieuse et obstinée, et au petit matin elle formait un épais manteau d’une vingtaine de centimètres, étouffant les bruits comme les élans.
J’avais une immense flemme d’aller rendre visite aux résidents de l’EHPAD. C’était pourtant mon jour habituel, presque rituel, mais ce matin-là… non. Le froid, la grisaille, la lassitude. Tout conspirait à me retenir chez moi.
À midi, la neige se remit à tomber, encore plus fraîche, plus légère, venant recouvrir celle déjà installée, comme si le ciel insistait. Et c’est alors qu’une idée me traversa l’esprit, simple et presque enfantine.
Comment ceux que je visitais habituellement pourraient-ils, eux aussi, profiter de ce moment sans pouvoir sortir ?
Je pris une glacière, quelques pains de glace sortis du congélateur, et je partis vers l’EHPAD. À l’entrée, je façonnai une grosse boule de neige, compacte et brillante, que je déposai avec soin dans la glacière. Puis, à l’intérieur, je proposai aux résidents une expérience sensorielle toute simple : toucher la neige, sentir le froid, la laisser fondre entre leurs doigts.
Les regards s’illuminèrent. Les souvenirs affluèrent. Certains sourires étaient timides, d’autres éclataient franchement. Le temps d’un instant, l’hiver entrait dans leurs mains, et avec lui des éclats d’enfance, de rires, de promenades oubliées.
Ce fut l’une de mes plus belles expériences de bénévolat.
Et sans doute l’une des plus précieuses.



